Ce qui a changé dans le paysage de l'agilité ? Les chefs de projet se sont réveillés et mis à jour
La revanche des chefs de projet
Je suis tombé sur un article de Rachel Dubois assénant une cruelle vérité : les accompagnants agiles ne sont que trop rarement capables de parler la langue de la gestion et du business.
Ce n’est pas au business d’apprendre l’agile. C’est à nous d’apprendre le business.
Cet article — que je vous recommande plus qu’urgemment de lire — m’a fait penser à autre chose.
Il m’a fait penser au rôle des chefs de projets et autres PMO.
La méprise sur les chefs de projet
Historiquement il y a comme une sorte de bashing des chefs de projet dans le milieu agile. Avec souvent en retour un bashing bien mérité de l’agilité, en clamant que le cycle en V n’était pas mort.
Sauf qu’aujourd’hui, la situation a bien changé. La frontière entre agilité et chefferie de projet n’existe plus vraiment.
Qu’est-ce qu’on voit ?
Le PMBOK, livre de référence sur la gestion de projet, parle d’agilité comme pratique normale et nominale, à laquelle les chefs de projets sont tous formés depuis pas mal de temps déjà
Le PMI, institut promouvant la gestion de projet, a racheté et intégré DAD, un meta-framework agile et un superbe référentiel de pratiques et approches agiles
Des conférences agiles (moins en France, certes) dispensent des points PMI en cadeau avec le ticket d’entrée à la conférence
La réalité, c’est qu’aujourd’hui, on ne fait plus cette chefferie de projet à la papa que dénonçait le manifeste agile.
Aujourd’hui, être PMO ou chef de projet ça rime avec transformation, gouvernance collaborative, amélioration du focus des équipes et pilotage par la valeur.
Le reporting n’est plus le sujet, et quand il l’est c’est dans les deux sens — et au final ce n’est plus tant du reporting que le développement d’une culture de la mesure.
Finalement… Je trouve que ça ressemble beaucoup aux discours et constats que faisaient et continuent de faire les coachs agiles, le refrain gnan-gnan “il n’y a que l’humain qui compte” en moins.1
Les chefs de projet parlent business par défaut
Je reviens sur l’article de Rachel.
Ce n’est pas au business d’apprendre l’agile. C’est à nous d’apprendre le business.
Une différence que je vois entre les coachs agiles d’un côté, et les chefs de projet et PMO de l’autre, c’est qu’historiquement ces derniers sont plus proches du business.
Par exemple, il est habituel qu’un chef de projet tienne un budget, le budget du projet.
Ils animent des CODIR... Ils fréquentent quotidiennement des directeurs, ils vivent dans leurs mondes et leurs contraintes.
Et oui, c’est souvent ce qui déplait aux agilistes, mais oui par défaut ils sont avant tout du côté du business, du côté de ceux qui paient, plus que du côté de l’équipe, du côté de ceux qui triment et galèrent pour réussir tant bien que mal le projet.
En tous cas, les coach agiles ont beaucoup à apprendre d’eux.
Je ne vais pas dire que tout est rose au pays des chefs de projet, mais je trouvais ça cocasse de me dire qu’après l’âge d’or du consulting agile, d’une certaine manière on assistait à une sorte de revanche des chefs de projet sur les coach agiles.
Attention, je ne renie pas l’importance essentielle de la dimension humaine des équipes et des transformations.
Je dis juste que ce n’est que très rarement le point d’entée. Hé non, le point d’entrée, c’est le business !
Et de même, c’est très rarement la mesure du succès. Idem, la mesure du succès, c’est le business !
Bien entendu que l’on tient compte de l’humain et que l’on s’appuie dessus…
… Mais se focaliser en priorité sur l’humain est, à mon sens, soit faire preuve de naïveté, soit se tromper de métier.


