Se focaliser sur le Delivery ce n'est pas "mal"
Cela peut même être une stratégie de conduite du changement !

On déplore souvent que dans des les grands groupes on a une organisation avec une DSI positionnée comme une pièce rapportée, avec un mode de fonctionnement digne d’une agence interne : les métiers sollicitent la DSI pour faire tel ou tel projet.
Ce n’est évidemment pas une généralité, mais cela reste encore assez courant, tout particulièrement dans les entreprises qui ne sont pas digital natives, dans ces entreprises qui existent depuis quelques temps déjà et dont le business ne prend pas son origine dans le numérique.
Mécaniquement, dans ce type de contexte, on demande donc à la DSI d’être un expert technique, et guère plus. À une époque, c’était à la mode de renommer en “Digital Factory” la DSI ou ses activités de développement applicatif.
Digital Factory : l’utilisation du concept d’usine passe assez bien cette vision d’une DSI qui ne serait là que pour produire, en boucle, sans déviation. (et même, pourquoi pas, de manière prédictible ! Ça, c’est une autre histoire...)

Clairement, on associe donc ce modèle à un focus strict sur le delivery, comme on aime bien dire.
Cet type de situation est souvent source de frustration au sein de la DSI, avec un sentiment d’impuissance face aux métiers, on aimerait “faire du produit” mais on reste contraint à exécuter des projets donnés par les métiers. On reste contraint à faire du delivery, et surtout rien d’autre.
La posture de facilité, c’est alors de critiquer le système dans la globalité, et de juste se plaindre de l’état de fait. C’est tellement facile de rattacher le moindre problème à ça :
“On ne nous a pas impliqué dès le début”
“Ils ont conçu cela sans nous consulter”
“On ne voit jamais les utilisateurs”
“On se contente d’implémenter une spec”
“Je ne sais pas vraiment à quoi ça sert”
Etc.
Je vois une première nuance à apporter : bien sûr, dans une organisation dite “produit”, on organise les équipes d’une telle manière que ce type de situation n’arrive pas, avec une réelle proximité (et connivence !) entre les différents acteurs qui conçoivent, construisent, livrent et maintiennent le produit.
Pour autant, même en étant loin de ce type d’organisation, on peut tout de même faire plein de choses pour aller dans le bon sens. La phrase “Je ne sais pas vraiment à quoi ça sert” est un bon exemple :
Certes, l’équipe est loin des enjeux business et des utilisateurs. Certes, les métiers ne communiquent peut-être pas assez ou pas assez bien les enjeux derrière, qui sont critiques pour le business et les utilisateurs.
Mais pour autant... On pourrait challenger plus les métiers. On pourrait aller au fond des choses. On pourrait s’assurer qu’on les comprend. Puis on pourrait utiliser cette connaissance au quotidien pour toujours se rappeler pourquoi c’est critique, pourquoi ce qu’on fait doit être fait et en quoi ça change le monde ! (le monde des métiers, il s’entend)
Pour faire ça, ça requiert de réellement s’intéresser au quotidien des métiers et d’apprendre ainsi leur langue.
Si, si, ça se fait. Les métiers ne mordent pas ! 😅
(Par contre… Ils ont souvent des impératifs qui vont limiter leur patience -- aussi focalisez-vous bien sur leurs douleurs, et assurez-vous bien que ce que vous faites va effectivement les aider.)
Attaquons maintenant un second point. Quand l’organisation vous assigne un rôle uniquement focalisé sur le delivery, il reste pourtant de l’espoir pour faire bouger les lignes... Justement en se focalisant sur le delivery.
Plus précisément, en faisant en sorte d’être exemplaire dans le delivery.
Ce point est un peu contre-intuitif.
Une bonne manière de l’expliquer, c’est de partir de cette maxime attribuée au Lean :
Les relations s’améliorent parce que l’opérationnel se passe mieux. Ce n’est pas l’inverse.
Dans un monde où la DSI mettrait tout sur le dos des métiers, la DSI aura tendance à penser qu’il faut d’abord améliorer la relation avec les métiers pour que ça se passe mieux. Mais c’est en réalité l’inverse : c’est bien parce que cela se passera mieux côté DSI que la relation avec les métiers s’améliorera. 🤷
Alors attention, améliorer le delivery, ça ne veut pas dire “bosser mieux” ou “faire ce qu’on nous demande sans le questionner”.
Bien au contraire, c’est commencer par dire non aux demandes des métiers quand il y en a trop (spoiler : il y en a toujours trop) ce qui permettra d’avoir un bon focus côté DSI… Et ainsi pouvoir tenir ses engagements.
Rester dans le périmètre qu’on nous a confié, ça ne veut pas dire exécuter sans imposer de contraintes aux autres.
C’est bien justement parce qu’on est sur son domaine que l’on peut se permettre, et qu’on a même le devoir, d’en prendre la pleine responsabilité.
Et quand cela porte ses fruits, que le delivery est là et que la relation s’améliore avec les métiers... On peut alors envisager de faire bouger la dynamique au global et sortir du carcan dans lequel la DSI était initialement enfermée. 💪



Très vrai et malheureusement pas seulement en présence d’une DSI…dans le monde « plus récent » de l’agilité, si les valeurs ne sont pas comprises, ce même comportement peut exister ! Et j’ai l’impression que ton conseil est tout aussi valable dans ce monde là ! Alors lets go ! ;)
Merci !
Si on montre qu'on tient nos engagements on est légitime pour questionner les leurs.
Merci pour ton message c'est un signal super intéressant