Reposez le contexte !
Si évident, et pourtant...

J’ai eu droit récemment à ma piqûre de rappel.
Je travaillais sur la transformation du mode de fonctionnement d’une entreprise. Enjeux : arrêter d’imaginer de multiples initiatives qui seront ensuite spécifiées, estimées, priorisées... Et commencer à partir des objectifs business pour décider ensuite de ce qu’il faut faire pour les atteindre.
Si vous me connaissez, vous aurez peut-être reconnu des vibes d’OKR ou encore de #NoEstimates. Mais là n’est pas le sujet du jour !
Non, le sujet, c’est que je travaillais donc sur tout cela. Pas seul bien entendu. J’avais notamment embarqué le CTPO et le Product Manager (PM) de l’équipe en charge du développement du produit logiciel. On s’aligne, on est motivés, on dessine l’avenir, on fonce ensemble. 💪
Et donc, on programme un atelier avec les autres C-level pour définir l’objectif qui doit concerner toute l’entreprise pendant ce trimestre. Bref, initier une démarche de définition d’OKR.
Et là, c’est le drame.
J’avais préparé l’atelier, pourtant. J’avais même fait une session en amont avec le PM pour bien s’aligner et pour qu’il puisse se positionner en facilitateur de la démarche après mon départ imminent.
Dès les premières secondes du démarrage de l’atelier, une fois face aux CEO et COO, je tilte : mais au fait, pourquoi est-on là ?!? 😱
Instantanément, je me sens très bête.
J’improvise donc, sans déroulé clair ni support pour appuyer mes propos, une remise dans le contexte de la démarche générale et de pourquoi on est là. Bref, je sauve les meubles.
Mais le mal est fait : le groupe jouera le jeu mais on me confiera après coup un certain malaise face à cet exercice, qui est par ailleurs très difficile et même déstabilisant.
Plus tard encore, je réaliserai que ma déconvenue va bien au-delà de juste redonner du contexte. En réalité, cette définition des objectifs de l’entreprise ne sert à rien tout seul.
👉 Admettons qu’on l’ait fait : so what?
On en fait quoi après ?
En quoi ça nous aide ?
Qu’est-ce que ça change ? Etc.
Mille questions, totalement légitimes, qui font que le risque est grand de juste réembrayer sur refaire comme avant.
Car dans ma remise dans le contexte un peu abrupte et improvisée, on n’est pas parti du début du cheminement intellectuel qui débouche sur l’atelier.
Je n’ai pas explicité le changement fondamental de fonctionnement que l’on veut insuffler, pourquoi on veut l’insuffler, quelles sont les hypothèses sous-jacentes que l’on pose, et en quoi ça va nous aider.
J’avais également omis la suite des événements, le “après” : comment incarnera-t-on ces objectifs, comment les équipes vont transformer cela en quelque chose d’actionnable et de pertinent, comment allons-nous faire vivre toute cette dynamique ?
Il manquait donc :
Une remise dans le contexte, réelle et profonde, dans laquelle on ne se contente pas de juste donner des éléments, mais où l’on refait ensemble tout le cheminement intellectuel qui aboutit à l’atelier ;
Et il manquait aussi le mode opératoire pour la suite des événements, ce qui permet de montrer l’atelier, et les livrables visés, vont effectivement nous aider.
Bref. Cette erreur, elle est classique. On tombe très facilement dedans. Soi-même, on réfléchit longuement à une situation ou à un problème, on analyse, on fait tout un parcours intellectuel, et on arrive à une conclusion qui finit par nous sembler évidente. Peut-être même que, comme moi, vous avez en plus fait ce chemin à plusieurs, ce qui renforce ce sentiment d’évidence, car vous êtes aligné avec ces compagnons de route.
Et... Lorsque vous embarquez de nouveaux intervenants, vous oubliez qu’il y a une réelle dissonance entre le niveau de maturité de votre perception de la situation, et celles des nouveaux intervenants.
Ils se retrouvent sans vraiment savoir pourquoi ils sont là, ni comment sera utilisé leur travail. 🤷
Pensez-y la prochaine fois.
Vous êtes certainement la personne qui a retourné le plus de fois dans tous les sens le problème que vous essayez de résoudre.
Vous ne pouvez pas embarquer de nouvelles personnes sans leur faire faire le cheminement à eux aussi.

