Le Scrum Master vise l'excellence quand le Coach Agile se contente de la médiocrité
"Moi je ne crois pas qu'il y ait de bonne ou de mauvaise situation…"

Scrum Master…
Le Scrum Master, c’est la personne qui intervient directement au niveau de l’équipe et normalement avec un réel engagement dans les résultats de l’équipe.
Si elle sait probablement prendre une posture de coach, cette personne n’est pas juste coach.
Par extension, de nombreux autres noms de rôle rentrent dans cette catégorie. Je pense en particulier au Delivery Manager qui le remplace de plus en plus, un vocabulaire qui appuie sur la responsabilité d’un delivery fluide et efficace et donc sur son partage des enjeux de l’équipe.
Et donc, cette personne vise l’excellence de son équipe, pour lui permettre d’atteindre ses objectifs, de les dépasser, d’aller toujours plus loin.
Coach agile…
À l’inverse, le Coach Agile, c’est une personne qui intervient à un niveau plus global, avec une mission et des enjeux centrés sur la transformation ou l’accompagnement.
Elle ne fait donc pas partie des équipes à proprement parler et ne partage pas directement leurs engagements de résultats.
Par extension, on pourra donc aussi ranger dans cette catégorie la plupart des variantes de coach, ainsi que les consultants en transformation et autre.
Ce que l’on demande avant tout à cette personne, c’est d’avoir de l’impact à l’échelle. Bon an, mal an, elle doit se contenter de la médiocrité car on aura au global plus d’impact, plus rapidement, en accompagnant de nombreuses équipes et en nivelant par le bas plutôt qu’en se concentrant sur seulement quelques équipes à la fois. 1
Un changement radical de perspective
Cette distinction est importante.
Elle n’est pas liée aux personnes et à leur manière de penser : je ne suis pas en train de dire qu’un Scrum Master ne peut pas être Coach Agile ou inversement.
Cela découle des contextes dans lesquels on les place : les enjeux, objectifs et attentes sont différents.
Cette distinction est importante justement parce que les deux rôles et carrières sont perméables. Il est habituel par exemple pour un Scrum Master de s’attaquer à une mission de Coach Agile… Pour découvrir trop tard la réalité que je décris ici.
Voici ma propre expérience
C’est exactement ce qu’il m’est arrivé.
Je me souviens d’avoir été Scrum Master et au contact de Coachs Agiles. Je critiquais ces Coachs Agiles qui se contentaient de la médiocrité. Je les entendais dire des choses comme :
“Voilà, l’équipe est lancée, maintenant on les laisse gérer leur amélioration continue.”
De mon expérience de Scrum Master qui visait l’excellence, à ce moment-là je n’avais pas encore compris que ce Coach Agile avait la bonne attitude, ou du moins qu’il avait la seule attitude tenable au vu de la situation.
Je me contentais donc de penser — pétri de certitudes, et en gardant bien pour moi ce jugement de valeur — que cette personne, et sûrement son ESN au global, était nulle. En tous cas, j’étais certain que je ferais mieux si j’étais à leur place 😅 sans me rendre compte de ma propre ignorance 😬
Je compris plus tard, notamment lors de ma première mission en tant que Coach Agile freelance, que cette personne avait raison et que c’était bien cela qu’il fallait faire.
À l’époque où je nous comparais, on n’avait pas du tout le même mandat. Elle était là pour faire bouger au global et n’avait pas le temps de s’occuper d’une équipe en particulier. Pas la même mission que moi, tout simplement.
Et clairement, je me suis sacrément planté lorsque j’ai assumé des mandats de Coach Agile avec un état d’esprit et une approche de Scrum Master.
Quand un Coach Agile intervient comme un Scrum Master 😕
Plus, tard, je fais quoi quand je suis Coach Agile et qu’on me donne le mandat d’accompagner un département entier ?
Je me comporte en Scrum Master.
Et les résultats ne sont pas géniaux. 🤷
Littéralement, on me laisse décider comment intervenir. Après tout, c’est moi l’expert. Et je décide de me focaliser sur une seule équipe à la fois.
Logique dans mon état d’esprit de Scrum Master qui vise l’excellence.
Erreur fatale vis-à-vis de mon mandat de coaching agile à l’échelle du département.
Au final, sans surprise : mon impact est très discutable. 👎
Après le recul de plusieurs plantages du genre, je finis tout de même par comprendre que ce que faisaient ces Coachs Agiles que je critiquais tant, c’était bel et bien la bonne chose à faire.
Pas la même mission, pas les mêmes enjeux.
Et l’inverse ? Le Coach Agile en Scrum Master ?
Le Coach Agile est souvent présenté comme une sorte de “super Scrum Master” !
Si tel était le cas, alors un Coach Agile devrait faire des merveilles dans une mission de Scrum Master, non ?
Non. À nouveau, on est plus sur des approches différentes.
Si, comme je viens de l’illustrer avec ma propre expérience, le Scrum Master qui vise l’excellence aura beaucoup de difficulté à avoir de l’impact à l’échelle…
… Le Coach Agile, qui doit se contenter de la médiocrité de gré ou de force, aura beaucoup de difficulté à emmener une équipe en particulier à l’excellence !
Des approches différentes, des postures différentes.
Pour conclure : une distinction à maîtriser
Cette distinction n’est pas évidente au début et souvent on mélange les deux rôles, voire on les positionne comme une hiérarchie. Je vous suggère d’éviter de faire cette erreur et de chercher la bonne personne qui correspond aux enjeux de votre contexte.
Et bien sûr, pour être capable d’assumer les deux rôles avec succès, cela demande une réelle expérience et surtout maturité.
J’évoquais dans un précédent article cet enjeux et cette difficulté d’avoir de l’impact à l’échelle, et comment cela m’avait fait prendre du recul sur les débats autour des frameworks.
Voici l’article en question :

