La "politique"
Normalité d'une grande société

La politique.
Il y a ceux qui la fuient, que ça gonfle ou révulse.
Et il y a ceux qui s’en accommodent et qui apprennent à la naviguer tant bien que mal.
(Il y a peut-être même ceux qui aiment ça et qui y prennent un malin plaisir, mais ce n’est pas le sujet de cet article.)1
🪧 Dans cet article j’aimerais creuser le sujet de la politique en entreprise :
Pourquoi c’est normal d’en avoir, et
Pourquoi il ne faut pas en avoir peur !
Propre à tout écosystème sociétal complexe
On trouve de la politique dans quasiment toutes les entreprises.
On pourrait penser que ce serait lié à une certaine toxicité de ces entreprises en particulier, voire même du monde professionnel dans son ensemble.
La réalité est à la fois bien plus simple et sans jugement. Toute organisation humaine forme une société qui développe au fil du temps un véritable écosystème. Plus cette organisation grandit, mais également plus elle vieillit, alors plus la complexité de son écosystème augmente.
On retrouve alors des dynamiques similaires à celles que l’on trouve dans une société civile, avec ses règles sociales, ses lois juridiques et son économie. Bien sûr, ce ne sont pas les mêmes règles et dynamiques, mais la structure générale est similaire. C’est donc sans surprise que l’on y retrouve également cette fameuse politique.
La politique n’est pas le symptôme d’une organisation toxique,
mais de la complexité de sa structure humaine.
Autant dire qu’elle est inévitable et qu’il vaut mieux s’y faire.
Il est également important de se défaire de l’idée selon laquelle est serait négative ou problématique : la politique est le résultat d’un écosystème complexe, qui a suffisamment réussi pour dépasser l’étape de la simplicité.
La similitude du marketing interne avec le marketing tout court
Effet de bord : que l’on soit au sein d’une organisation ou au sein de la société civile, les dynamiques son similaires.
Faire du marketing interne c’est pour l’essentiel de faire du marketing tout court, avec potentiellement les mêmes outils, les mêmes démarches et les mêmes astuces.
Bien entendu, on s’adapte à la culture et aux règles sociales de l’organisation. Mais c’est vrai pour n’importe quelle audience.
De même, on promeut des services dans le cadre des règles économiques qui sont posées dans l’organisation. Là aussi, c’est ce que l’on ferait pour adresser n’importe quel marché.
Finalement, le plus important ici, c’est de ne pas traiter le marketing interne comme annexe.
C’est bien à vous de promouvoir en interne vos services ou vos succès.
Ils ne vont pas se promouvoir d’eux-mêmes.
Une compétence clé à développer… Même quand on est désintéressé
On vient de voir que c’était normal. On peut vouloir fuir un contexte très politisé mais il faut alors bien être conscient que le problème n’est pas dans cette tendance à la politique, mais dans notre propre inconfort à la gérer.
Faire de la politique, c’est mener une conduite du changement.
On cherche à influencer les autres pour les emmener dans une direction donnée.
On n’est pas tous à l’aise avec ça. (qu’il s’agisse de la politique ou de la conduite du changement)
Certains détestent toute cette gymnastique mentale pour en permanence convaincre les autres et développer sa propre influence, quand d’autres s’y font voire en tirent une certaine fierté.
Attention : on ne tire pas la fierté de faire de la politique ou de manipuler les autres. On tire de la fierté d’avoir réussi à faire bouger le système !
Je ne peux donc que vous enjoindre à vous habituer à la politique et à vous entrainer à être confortable en sa présence, si vous désirez avoir de l’impact.
Bonus : SAFe n’adresse pas la complexité des produits mais celle de l’organisation (et sa dimension politique)
En bonus, je vous partage l’extrait d’un échange par commentaires interposés sur LinkedIn :
[…] SAFe ne fonctionne pas, et c'est pas parce qu'il est forcément mal appliqué, c'est surtout parce qu'il est mal conçu pour répondre à la complexité
— Bruno Carlyle 2
Ne nous trompons pas sur SAFe : la complexité numéro 1 qu'adresse SAFe n'est pas celle des solutions et produits que construisent les équipes, mais celle de l'organisation, de la dette technique et de la conduite du changement. […]
— Jean-Pierre Lambert 3
Lors de l’évaluation d’un cadre de travail, on a tendance à se focaliser sur son efficacité opérationnelle, en négligeant sa capacité à se faire déployer dans un contexte donné.
Je n’ai jamais été fan de SAFe mais à l’aulne du niveau de politique intrinsèque d’une grande organisation, j’ai du mal à ne pas considérer SAFe comme un choix logique et cohérent.
J’ai également longtemps tenu le discours selon lequel le grand drame de SAFe n’aurait pas été son choix et son déploiement initial, mais plutôt l’enfermement dans ce dernier par la suite. Alors que le framework lui-même promeut de l’amélioration continue qui pourrait, dans la durée, remettre en question SAFe au fil des changements progressifs !
Je réalise aujourd’hui que pour en arriver là, il ne suffirait pas de faciliter d’une main de maître des sessions de Inspect & Adapt en prenant une vue systémique. Il faudrait littéralement réduire la complexité intrinsèque de l’organisation ce qui est un travail extrêmement difficile. Pas étonnant alors que cela n’arrive que si rarement.
Entre nous, je n’ai pas la preuve de l’existence de ces personnes qui prendraient plaisir aux gens politiques.
Plus précisément, je ne me souviens pas avoir connu ce type de profil, ou alors ça tenait plus de la pathologie.
Dans tous les cas, une rareté qui ne mérite pas de généraliser. Je ne m’étalerais donc pas sur ce cas dans cet article.
Lien vers le commentaire original de Bruno Carlyle :
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Lien vers mon commentaire original en réponse à Bruno :
https://www.linkedin.com/feed/update/urn:li:activity:7424361384374763520?commentUrn=urn%3Ali%3Acomment%3A%28activity%3A7424361384374763520%2C7424714589478506497%29&replyUrn=urn%3Ali%3Acomment%3A%28activity%3A7424361384374763520%2C7424718143765512193%29&dashCommentUrn=urn%3Ali%3Afsd_comment%3A%287424714589478506497%2Curn%3Ali%3Aactivity%3A7424361384374763520%29&dashReplyUrn=urn%3Ali%3Afsd_comment%3A%287424718143765512193%2Curn%3Ali%3Aactivity%3A7424361384374763520%29



Tout est politique. Mais il y a une vraie distinction, à mon avis, entre ce qui fait une politique d'entreprise et celle qui sert des intérêts personnels.
Ce n'est pas toujours évident de faire la distinction, mais celle qui fait mal, généralement, c'est la seconde. Car elle force à exploiter des ressources et de l'énergie sur des sujets qui peuvent être perpendiculaires à la première. Dit autrement, on passe son temps à mitiger, voir à se battre contre, plutôt que de faire dans la direction donnée.
Ces effets de divergence apparaissent souvent dans les grandes entreprises à cause du manque de transparence (chacun fait ce qu'il veut tant qu'on ne le voit pas) et parce que le message porté au mégaphone depuis la direction n'atteint pas toujours le fond de l'amphithéâtre (la répétition par des intermédiaires diminue l'impact du message).
De plus, les effets néfastes sont accentués par le command and control qui limite les possibilités d'alignement spontané.
Donc, oui, tout est politique, oui il faut en avoir conscience et s'adapter, et surtout il faut savoir revenir avec humilité à ce pour quoi l'entreprise nous paie.